LA HOUVE

    Siège  LA HOUVE Creutzwald

  •  Vendredi 24 avril 2004, en fermant la mine de la Houve, la France fera une croix sur son charbon. Une croix de Lorraine.
    On y est, tout est presque poussière, souvenirs, crassier. Tout est classé. Vendredi, en fin de journée, la dernière tonne de charbon extraite du sol français sera remontée du puits de la Houve. Elle aura paradé sa noirceur sur le tapis roulant de Porcelette devant 2 500 invités. Suivie par l’ultime équipe de jour portant à bout de bras la statue de Sainte-Barbe qui nichait dans son alcôve à 500 mètres sous terre. Et voilà. Terminus, tout le monde remonte.

    • La derniere mine de charbon en france L’UE La Houve…
      Après l’arrêt de l’exploitation prévu en septembre à Merlebach, La Houve restera la dernière mine française en activité.
  • D’Albert à Marie, 22 veines de charbon auront été exploitées depuis plus de cent ans à l’Unité d’Exploitation de La Houve situé à Creutzwald.
    Actuellement, un peu plus de 400 mineurs extraient quotidiennement une moyenne de 3000 tonnes de charbon, dans le Secteur 7 sous le ban de la commune de Porcelette dans la taille 7-1 de la veine Albert.
    A raison de 3 passes par jour, le chantier devrait être achevé au cours du 1er semestre 2004 et ainsi mettre à terme à l’histoire du charbon français.
    D’ici là, les derniers mineurs de France s’efforceront de mener à bien cette tâche en bon professionnels, avant de s’attaquer aux travaux de fermeture et de réhabilitation des sites qui permettront aux plus jeunes d’entre eux de terminer leur carrière.I l était une fois La Houve
    A l’unité d’exploitation de La Houve à Creutzwald, les mineurs extraient le dernier charbon en veine Albert. Avec l’arrêt de la haveuse, prévu en avril 2004, s’achèvera l’aventure industrielle de l’extraction du charbon dans le bassin houiller de Lorraine mais également en France. C’est la saga des mines de La Houve et les exploits au quotidien de générations de mineurs que nous vous proposons de découvrir . A la fin du XVI11′ siècle, les trois villages de La Houve, Lacroix et Wilhelmsbronn-Nassau, qui constituent l’actuel Creutzwaid, se retrouvent derrière une frontière commune de la France. Les habitants sont des artisans verriers, des charbonniers et des ouvriers sidérurgistes. L’immense forêt du Warndt leur prodigue les ressources minérales et le bois nécessaire à l’industrie du verre et de la métallurgie. A quelques kilomètres de là, des grattages de charbon de terre sont effectués dans les villages de la région de Griesborn. Les moines de l’abbaye de Wadgassen exploitaient ces affleurements. Pendant la Révolution de 1789 des industriels s’approprient les exploitations minières. En 1804, un décret impérial met fin à ces partages anarchiques et créé la première concession d’Hostenbach. Le rapport de l’ingénieur des mines de la Moselle, Henri de Villefosse, signale que les exploitations descendaient alors à 10 m au-dessous du niveau de la Sarre et occupaient 88 ouvriers ” produisant chacun 1032 myriagrammes de charbon par mois “, soit 10,32 tonnes. Napoléon I” conscient de l’intérêt stratégique du charbon, confie à Jean-Baptiste Duhamel, Ingénieur au corps Impérial des Mines, une mission de reconnaissance du gisement sarrois. En 1810, Duhamel présente ” l’Atlas des concessions du terrain houiller de la Sarre “. Avec cet outil précieux, les Français développent l’exploitation de la houille en Sarre qui produit 105 000 tonnes en 1811. Quatre années après, le second traité de Paris, du 20 novembre 1815, fait perdre à la France, le département de la Sarre avec ses mines en plein essor. En octobre 1853, après avoir traversé 113.50 mètres de grès, le sondage atteint les terrains houillers. Et le 21 juillet 1854, à une profondeur de 213.63 mètres il recoupe la première couche de houille exploitable d’une épaisseur de 0.95 m. La preuve est faite, le sous-sol de Creutzwald A la recherche de la houille à Creutzwald La pénurie de charbon se fait rapidement ressentir dans le grand Est français où sont déjà implantées de nombreuses et importantes usines métallurgiques, faïenceries, verreries, salines. La question d’un éventuel prolongement du bassin houiller de la Sarre en Lorraine reste posée. sauveteurs Ue la HouveDès 1816, sur les indications de Duhamel et sous la direction du baron de Gargan, un premier sondage de reconnaissance est réalisé en bordure du chemin de Schoeneck à Gersweiler. Le charbon est bien là. Encore faut-il aller le chercher sous l’épaisse couche de sable qui le recouvre également à Creutzwald. Un premier sondage est réalisé de 1823 à 1824 par le propriétaire de la ferme du Glockenhof avec l’aide du Conseil Général. Il est arrêté à 100 mètres de profondeur, sans avoir recoupé les terrains houillers. Sous l’impulsion de Jacquet, Ingénieur des Mines à Metz, un nouveau projet de sondage est élaboré à partir de 1847. Il faudra cependant attendre avril 1853, pour voir démarrer les travaux de forage près du chemin qui mène de Creutzwald à Lauterbach, ” à une portée de pistolet de la frontière ” comme le relate Jacquot. renferme également du précieux charbon. Jacquot publie à l’Académie de Metz une note sur la découverte de la houille à Creutzwald dans laquelle il affirme : ” le prolongement du bassin houiller de la Sarre est reconnu dans lu plaine de Creutzwald, an nord du ruisseau de lu Merle jusqu’à la route de Sainl-Arold à Sarrelouis, de là au Moulin île Porcelelte et à Merten. ” Cette annonce déclenche nue véritable frénésie et les sondages se multiplient. Une première concession pour La Houve En 1855, de nouveaux sondages sont effectués dans la forêt de La Houve, par la société Karcher et Westermann. Au cours des travaux poussés jusqu’à 30,3 mètres de profondeur, de nouvelles veines exploitables sont recoupées. Les pronostics de Jacquot étaient amplement satisfaits. Conscient de l’importance des découvertes quelques industriels et notables de la région créent, en automne 1854, la minière “Société de La Houve” avec son siège social à Metz, 13 rue Saint Médard, au domicile de Monsieur Charles Appolt. L’objet de cette société est de continuer les recherches du gisement. En 1855, le sondage du Zennenberg, dans la forêt Impériale de La Houve, révèle une couche de charbon de 1.20 m à une profondeur de 262 m. En 1856, le forage de Brouch-wies, au centre de La Houve, révèle à 300 m une couche de 7 m d’épaisseur.
  • A la suite de ces reconnaissances fructueuses, la ” Société de la Forêt de La Houve ” dépose, en janvier 1856, une demande de concession et le 25 mai 1857 devient la ” Société Dorsberg & Compagnie ” avec la dénomination ” Compagnie houillère de Creutzwald-La Houve “. La presse de l’époque fit grand état de la découverte du charbon à La Houve comme l’indique les lignes suivantes: ” La compagnie de La Houve se trouve placée dans les meilleures conditions pour exécuter les travaux avec économie. La concession qu’elle sollicite est située au centre d’un pays couvert d’immenses forêts et ou les bois nécessaires au cuvelage des puits et la main-d’Å“uvre sont à des prix relativement peu élevés “. L’Empereur Napoléon III accorde, le 28 avril 1858, la concession de La Houve d’une superficie de 1 732 hectares. Elle s’étend sous les villages de Creutzwald, Merten, Guerting, Ham-sous-Varsberg et Porcelette. Le succès et l’enthousiasme initial sont rapidement stoppé par les difficultés dues à l’afflux d’énormes masses d’eau rencontrées au cours des travaux de forages. Les moyens engagés pour lutter contre les venues d’eau s’avèrent insuffisant à tel point que l’exploitation va connaître une longue période d’inactivité. Survient la guerre de 1870. roulage UE La HouveLa région devient prussienne et la nouvelle administration modifie les lois sur l’exploitation de la houille et le regroupement des concessions. En 1873, la ” Société de la Forêt de La Houve ” n’adhère pas à la fusion des huit concessions qui donne naissance à la puissante société Sarre et Moselle. Elle préfère garder son indépendance et s’associer en 1889 à la Société des forages de Strasbourg dirigé par Jules Schaller pour créer la ” Bergwerks Aktien Geselischaft La Houve ” (Société des Mines de La Houve). Les premiers puits de Creutzwald. Le 1° avril 1895, la nouvelle société entreprend le fonçage du puits Marie (dédié à la vierge, plus tard puits 1). Le passage difficile des terrains aquifères contraint à l’arrêt des travaux par moins 48 m. En 1897, le fonçage est repris avec le procédé Kind-Chaudron. Les travaux recoupent à -139 m la veine Marie. En juin 1898, le puits est achevé à moins l60 m. La même année, il est mis en exploitation et dans des conditions précaires les mineurs de La Houve produisent 2 171 tonnes. La ventilation des travaux du fond nécessite le fonçage d’un nouveau puits. Les travaux du puits d’aérage Jules (puits 2, en l’honneur de Jules Schaller, fondateur de la société), situé à 50 m du puits Marie démarrent en août 1899 avec le procédé Kind. L’exploitation du charbon se développe selon l’orientation du gisement, principalement vers le sud du siège 1. Dès 1902, les veines Marie (1 m 40), Jules (0 m 90) et les veines plus minces Pierre et Georges, à l’étage 210, sont mises en exploitation dans le champ Nord. A l’étage 275, des galeries de reconnaissance traversent une faille importante (le dérangement du siège 1) et découvrent le champ médian qui est exploité dès 1907. Pour améliorer les conditions d’exploitation, la société décide l’aménagement d’un nouveau siège, le siège 2 de La Houve (actuel UE La Houve) au couchant de la concession. Les travaux du puits Uhry (puits 3) démarrent en 1908 par cimentation. Ce nouveau procédé n’est pas encore au point et les travaux sont abandonnés. Repris en 1911, ils sont arrêtés à nouveau la même année. En 191.3, le puits 3 atteint 366 m de profondeur. L’exploitation du champ médian se développe. La production augmente considérablement : de 6,3 0001 en 1900, elle s’élève à plus de 200 0001 en 1905 et dépasse 300 000 t en 1911. La main-d’Å“uvre locale devient vite insuffisante. La compagnie recrute en Sarre, mais également en Westphalie, en Saxe, en Hongrie… A la veille de la guerre, 2000 mineurs travaillent à La Houve. La première centrale électrique L’activité de la Société ne devait pas se limiter à l’exploitation minière. Le développement des besoins en énergie électrique de la Lorraine principalement de son industrie métallurgique et les nouvelles possibilités de transports à haute tension amènent la Société, au début du XX’ siècle, à s’intéresser de plus en plus largement à la production et à la distribution de l’électricité.
    En 1911, la petite centrale de 800 kilowatts, d’abord établie pour les seuls besoins de la mine, est transformée en une puissante installation destinée à fournir du courant à 65.000 volts. Parallèlement la société établit un réseau de distribution qui, partant de cette centrale, s’étend à l’ouest jusqu’au bassin de Briey et à l’est jusqu’à l’Alsace. En 1914, une puissance de 10.000 kilowatts était installée et un réseau développant au total ,380 kilomètres était en exploitation. Paré pour un bel avenir, la première guerre mondiale amena une profonde perturbation dans la marche de l’entreprise.

    • Train, tire-fesses et monorail

    Dans la poche du bleu, deux articles absolument indispensables pour le mineur de la Houve: un jeu de cartes pour la belote, et le foulard. Le trajet qui les mène au chantier est long de 8 km et il nécessite plusieurs moyens de transport: le train pour 4,5 km, le temps de jouer à la belote. Avec des craies, il est facile de compter les points en traçant des petites barres sur les parois du wagon. Ensuite, c’est le télé-mine, sorte de tire-fesses où le mineur pose son postérieur sur un siège comparable à une selle de moto. Accrochés à la tige du télé-mine, les mineurs resserrent leur foulard autour du cou pour se préserver des courants d’air puissants lors du trajet de 2 km. Plus loin, ils empruntent le birail au sol, puis/ou le monorail. Au total, pas moins de trois quarts d’heure, voire une heure pour aller travailler

    • Le silence de la mine
  •  Les derniers mineurs de Lorraine encore en activité ont effectué hier matin leur ultime descente dans le chantier d’exploitation de La Houve à Creutzwald pour une cérémonie intime au fond de la mine. La haveuse qui abattait le dernier charbon français s’est arrêtée définitivement.
    L’effroyable bruit s’est tu. L’Electra 2000, la haveuse la plus puissante au monde, fumante et ruisselante, pousse son dernier soupir. Ses deux gigantesques tambours se sont immobilisés pour toujours. La Fée Electra vient de faire sa dernière passe de charbon. C’était hier, à 10 h, 900 m sous terre, au siège II de La Houve à Creutzwald. Ici, dans la pénombre et la poussière, dans l’intimité d’une corporation au coeur gros, le dernier charbon de France vient de basculer dans le convoyeur blindé. Des pépites noires qui ne verront jamais le jour car, la veille, le Lavoir De Vernejoul a cessé de fonctionner.Ils sont tous là, alignés dans le soutènement marchand de la taille, en veine Albert. Jamais l’équipe n’a été aussi nombreuse sur un même chantier. 260 bonshommes, les derniers mineurs actifs de La Houve et de l’UE Merlebach, du fond et du jour, unis dans les piles comme un seul homme. Comme ces maillons d’une chaîne qui, de décennies en siècle, ont oeuvré pour que du front de taille aux industries, le charbon lorrain devienne énergie.

    • exploitation Des pics à la haveuse la plus moderne du monde
      « Un siècle de révolution technologique »
      Roger Jourdan, directeur général des HBL de 1987 à fin 94, connaît sa mine par coeur. Pas de doute pour lui : « rarement une industrie aura autant investi dans son développement technologique que l’activité minière ». Jourdan un mineur accompli
  • L’ancien directeur général des HBL : un mineur accompliLa révolution déclinée au fil des ans. La technique minière a considérablement évolué au cours des dernières décennies. Si au début tout reposait sur la force pure des hommes qui se « servaient de leur pic de mineur et travaillaient en petite équipe pour charger les berlines dans les chantiers », ensuite tout change. Entre 1925 et 34 la mine se mécanise : couloir oscillant, tailles plus longues, foudroyage de toit à La Houve. « En 1934 il y a l’installation des premières bandes transporteuses, et les premiers essais d’électrification du fond à La Houve » alors que dans les dressants (veines verticales) « l’exploitation continue par petites équipes », observe Roger Jourdan. Mais pour l’ancien directeur général c’est bien au début des années 50 que « sont jetées les bases de la mécanisation moderne ». Les convoyeurs blindés fonctionnant à l’air comprimé seront ensuite équipés de moteurs électriques. « Le convoyeur placé à front permet le chargement d’une grande partie du charbon abattu. Pour le mineur cela réduit d’autant le fastidieux et pénible pelletage à la main ». Autre révolution en marche au fond, dans les plateures (veines horizontales), le soutènement métallique remplace le soutènement en bois. Entre 1957 et 1981 c’est la mécanisation de l’abattage et du chargement avec l’avènement des haveuses à bras puis à tambour. « C’est le havage intégral. Cette période est sans doute celle de la plus intense recherche à la mine », affirme Roger Jourdan. Et curieusement, malgré ces investissements, elle ne correspond pas à un bond du rendement au fond qui plafonnera à 4.300 kg par homme et par poste. « Ça ne marchait pas. Et pourtant à la fin des années 70 avec le soutènement marchant on pouvait exploiter des veines plus puissantes, plus épaisses ». Une fois résolu le problème des piles de soutènement, les records de rendement tombent : 9.710 t en une journée en veine Albert à La Houve. De 1986 à 1991, Roger Jourdan parle de concentration des chantiers, de standardisation des matériels et d’une course à la puissance. La part des tailles mécanisées à foudroyage passe de 50 % à 75 %. « En 1987 Reumaux fera 14.300 t en 24 h en veine Irma ». Et le début des années 90 correspondra à l’avènement du nec plus ultra en matière d’exploitation : la haveuse Electra la plus puissante du monde 1.200 kw. « La sécurité a profité de la mécanisation. Les hommes étaient forcément moins exposés ».

    L’électra, la dernière née des haveuses.